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Il
fut un temps, en France, où, sous les plus futiles prétextes,
on n'hésitait pas à bruler de pauvres femmes sous quelque
accusation de dorcellerie.
Il
n'en était pas de même en Provence. Bien entendu, cela
ne voulait pas dire que les sorcières n'avaient que
dédain pour notre belle région - cela aurait été tout
bonnement impossible!
Bien
au contraire, l'amour a toujours existé et il est réciproque.
La
preuve en est de Taven, la sorcière, la "Masco",
celle que chantait le Félibre au siècle dernier.
lle
habiterait toujours, depuis des temps immémoriaux,
au pieds du village des Baux, au lieu dit du "Val
d'Enfer". Or, jamais site n'a aussi bien mérité
son nom. Imaginez un paysage chaorique, d'énormes rochers
comme jetés au hasard et enracinés dans une terre dure,
sèche, dépourvue du moindre brin de lavande ou de thim,
avec des crevasses déchiquetées, des tunnels ténébreux
à l'accès difficile, parfois dissimulés ça et là par
quelques rarespins squelettiques, perchoirs privilégiés
des corneilles.
Les
gens du pays, ceux qui savent, chuchoteront volontiers
que ces grottes servent d'asile à toute sorte d'êtres
plus ou moins malfaisants et d'évoquer, l'air entendu,
la Cave des Fantômes, le Pas de Bambarouche (la Bête
Noire) et nombre d'autres sites tout aussi terrifiants
à l'appui de leur dire.
La
grotte de Taven, de dimension modeste et qui s'enfonce
de plusieurs mètres sous terre, voisine avec le Trou
des Fées et l'Antichambre de la Chauve Souris, lieu
d'autzant plus inquiétant que chacun sait que les chauves
siuris sont les messagères de l'Enfer.
Parfois
on peut voir Taven surveillant attentivement le chaudron
en fonte posé sur le traditionnel trépied et dans lequel
clapote tout doucement le philtre du jour, à base de
thym et de fanfarigoule. Les effluves qui s'en dégagent
caressent délicatement l'odorat de son chat familier,
roulé en boule près du feu où se consument des branches
très sèches d'olivier et de chêne kermes, des yeux mi-clos
laissant jaillir par moment l'étincelle d'un regard
intéressé. Dans le chaudron ne se préparent pas de
liqueur empoisonnée ou d'incantations maléfiques, mais
quelque potion uniquement destinée à apporter guérison
ou soulagement.
D'ailleurs,
Taven n'a t'elle pas guéri, en son temps, le Vincent
de Mireille? Le Maître de Maillane reconnaît d'ailleurs
qu'à maintes reprises Taven n'avait pas hésité à venir
des Baux pour apporter son aide.
Il
faut croire qu'en Provence les sorcières elles-mêmes
n'ont que de bons côtés!
Alors,
si vous la voyez passer, un de ces jours, sur les chemins
des Alpilles,arrétez-vous quelques minutes pour bavarder.
Vous ne le regretterez certainement pas... elle a tant
d'histoires à vous raconter!

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