Ces monarques
régnaient sur des Royaumes enfouis sous des tertres et dont ils ne sortaient que rarement.
Le plus important parmi ces Rois
était vraisemblablement celui de Möen, près de Copenhague. Son promontoire
était connu des autochtones sous le nom de Kongsberg, (la Colline du Roi). La
Reine de Möen disposait de sa propre résidence au lieu dit Dronningstlen (la
Chaise de la Reine – quoiqu’il faille certainement entendre par chaise le trône
de sa Majesté). Le Roi de Möen était extrêmement puissant et certaines
traditions étendaient même son domaine jusqu’au promontoire de Stens, quoique
nul ne puisse dire aujourd’hui avec certitude s’il s’agissait d’un royaume
unique ou de deux états alliés, voire l’un dépendant de l’autre.
La célébrité de ce Roi était
également due en partie à son magnifique
char, tiré par quatre chevaux noirs, à bord duquel il pouvait s’aventurer sur
les flots. Il paraîtrait que lors de ses déplacements, le ciel s’assombrissait
et que des vagues gigantesques soulevaient brutalement les navires pris dans la
tourmente. Nombreux, sans doute, furent les malheureux marins qui périrent
noyés. Ces jours là, les gens disaient entendre le bruit sourd des sabots et le
hennissement strident des chevaux lancés dans leur course folle. Il valait
mieux, alors, se réfugier près de l’âtre et attendre patiemment le retour du
Roi sur la terre ferme.
Le Roi de Möen , pas plus que
l’éventuel prince de Stens, n’étaient des cas isolés. D’autres Rois de
Promontoire ont été recensés au cours des siècles, parmi lesquels ceux de
Skjelskör et de l’île de Bornholm. Le nom du Roi de Skjelskör, Tolv (Douze,)
pourrait d’ailleurs donner une indication quant au nombre (minimum) de ces
promontoires habités.
Cette tradition n’était
d’ailleurs pas limitée à la Norvège. L’île de Rügen, en Allemagne pouvait
également se targuer d’abritér une de ces Cours elfiques.
Il aurait même existé, aux dire
des Anciens, une rivalité sanglante entre les Rois de Möen et de Rügen. Cet antagonisme aurait même incité le Roi
Grap, de Rügen, à surveiller attentivement et longuement son rivage afin de
détecter l’arrivée éventuelle d’une armada hostile.
Car nos « petits » Rois
auraient eu, toujours au dire des Hommes, la fibre militaire extrêmement
développée. Ainsi, non contents de se battre entre eux, ils seraient même
intervenus, au moins nominalement, dans les conflits humains. On raconte que,
lorsqu’une période troublée s’annonçait, il n’était pas rare de voir des armées
miniatures accompagnées de joueurs de fifres et de tambours, parader à la vue
de tous au sommet de leur promontoire ; et lorsqu’ils choisissaient de
rester invisibles, les passants pouvaient encore entendre les notes quelque peu
assourdies de leur fanfare militaire.
Reconnaissaient-ils, de ce fait,
la prééminence de l’Etat humain au sein duquel ils vivaient et dont ils
prenaient visiblement le parti ? Rien ne saurait pourtant être moins sûr.
Au contraire, et comme tout monarque, ils protégeaient jalousement leurs
frontières.
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