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  II- Le mariage : une affaire de famille

Si la première partie de notre exposé nous représentait le mariage comme l’aboutissement normal d’un amour d’enfance (version très simplifiée), il faut bien reconnaître que la réalité familiale, voire clanique, reprenait vite ses droits, et cela ne peut nous étonner.

Pour me répéter, la société elfique, en effet, était fondée sur une hiérarchie clanique, c’est à dire pour l’essentiel familiale. Dans ce contexte, le mariage des enfants devait être sanctionné par l’approbation des parents ; c’est à dire, dans le contexte, par leur « bénédiction ».

Ainsi, Tolkien nous apprend que si, dans les périodes difficiles, la cérémonie pouvait être réduite au strict minimum (je suppose que la présence d’une armée d’Orques aux portes de Gondolin devait quelque peu couper l’appétit des convives potentiels), deux éléments demeuraient incontournables : la bénédiction des parents et l’invocation d’Eru (une des rares circonstances où le nom du Créateur était cité, probablement pour bien marquer le caractère solennel et sacramental de la cérémonie).

Comme rien ne semble indiquer la participation visible d’Eru, le seul obstacle potentiel restait donc l’autorisation des parents. On peut supposer que celle-ci devait généralement être obtenue sans trop de problèmes, au moins dans les « basses » classes de la population, puisque le choix des futurs époux était normalement sage et fondé sur des affinités réelles. Il n’en demeure pas moins que l’opposition des parents pouvait entraver la volonté des futurs époux.

Nous en connaissons au moins deux exemples, chacun lié à la différence de classe (et même, en l’occurrence, de race) entre les amoureux. Prenons ainsi le cas de Beren (un humain) et de Lúthien (la fille de Thingol, roi des Sindar). Alors que l’amour était indéniable entre eux, Thingol s’y opposa en mettant une condition jugée irréalisable à l’échange des vœux : que Beren récupère un silmaril (ce qu’aucun Elfe n’avait réussit à ce jour). De même, Elrond met également une condition au mariage de sa fille, Arwen, à Aragorn : que ce dernier monte sur le trône de ses ancêtres. Aucune des deux Elfes, pourtant amoureuses au point d’accepter le destin mortel des Hommes, n’ira à l’encontre de la volonté de leur père.

Mais peut-être était-il avec le Ciel (ou du moins avec les règles) des accommodements. En effet, pour reprendre le cas d’Eöl, il est bien évident que ce dernier n’obtint jamais le consentement de Fingolfin avant d’épouser sa fille. Or, lorsque cette dernière s’enfuit chez son frère et qu’Eöl la rejoint, le dit frère accueillit Eöl comme l’époux de sa sœur. Doit-on parler alors de politesse? de prescription? ou comme j’aurais tendance à le penser d’acceptation rétroactive au profit de l’enfant ? De toute façon, une telle union, légitimée ou non, ne pouvait que mal finir comme ce fut le cas pour l’ensemble des protagonistes. La bénédiction d’Eru, à tout le moins, n’avait visiblement pas été au rendez-vous.

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