|
Ainsi, au cours des trois milles dernières années, il avait savamment distillé les épidémies, le froid et la famine
jusqu’à ce que la population humaine (la seule désormais suffisamment importante pour lui
faire échec) ait été littéralement décimée.
De plus, tous les peuples qui
auraient dû faire front commun contre lui étaient eux-mêmes, sinon directement en conflit armés (encore que, quand on pense aux Dunlendings...) du moins fortement méfiants les uns envers les autres. Les exemples de Celeborn et Gimli, ou de Poiredebeurré et des Rôdeurs, pour ne parler que d'eux en sont de parfaites illustrations.
Or, dans le même temps, le Seigneur Tenebreux tenait d’une main de fer ses propres troupes
ainsi que celles de ses peuples vassaux: Orientaux, Variags, Pirates d’Umbar ou Harradrim...
Et pourtant, durant toute la durée de la Guerre, et ce avant même la destruction de l'Anneau, Sauron ne va connaître aucune victoire militaire décisive.
Compte tenu de sa supériorité numérique, une telle situation militaire ne peut que nous laisser perplexe.
Aussi, pour mieux comprendre les évènements qui allaient décider du destin de la Terre du Milieu, nous allons étudier les différentes campagnes de la guerre, en nous attardant plus particulièrement sur celles peu ou mal relatées dans les chroniques. Il serait inutile, en effet, de revenir
en détail sur les batailles du Rohan ou du Gondor, particulièrement bien décrites dans le
roman.
On se souvient
qu’après la bataille des Cinq Armées et la mort du Dragon Smaug en 2941, l'Archer Bard avait
relevé l’ancien Royaume de Dale dont il était devenu le Roi sous le nom de Bard I.
On peut
imaginer que la part du trésor du Dragon échue au nouveau roi à cette occasion avait été
mise à profit pour le plus grand bien de la communauté. Cela avait pu se
traduire par la mise en place de défenses (le Roi Bard était bien placé pour
connaître les dangers de la TDM) mais aussi par des investissements
économiques dans le commerce ou dans
l’industrie (pèche, agriculture etc). D'ailleurs le commerce avec les peuples voisins et
notamment les Nains de l’Erebor, la Montagne Solitaire, devait être florissant,
chacun des Royaumes ayant des besoins complémentaires.
Cette
prospérité aura eut pour conséquence d'attirer à Dale une immigration importante laquelle,
couplée avec la natalité naturelle, avait dû avoir un fort impact sur l'accroissement de la population.
Malheureusement, même dans les meilleures conditions possibles, natalité et immigration ont
des limites et trois générations ne suffisent pas à multiplier suffisament le nombre des sujets d'un royaume pour transformer son armée en une force puissante, ou en tout cas suffisante pour s'opposer à une armée d'invasion comme en l'espèce celle des Orientaux. Même l'alliance probable d''Esgaroth devant le danger commun ne pouvait pas changer les statistiques.
Le Roi Brand, petit fils de Bard, en était d'ailleurs si conscient que les Nains de l'Erebor s'étaient demandés un moment s'il s'opposerait à Sauron ou si, désespéré et craignant pour sa population, il accepterait de se ranger aux côtés de l'Ennemi.
Ils devaient bientôt connaître la réponse à cette question.
Mais essayons d'imaginer comment put se passer l’invasion.
Ayant reçu les
émissaires de Sauron et entendu leurs menaces, le Roi sous la Montagne et celui de Dale, lesquels entretenaient des relations d'amitiés, s'étaient certainement rencontrés dans le but d'élaborer une stratégie commune dès lors que la volonté de résistance des Hommes fut clairement affichée (peut-être d'ailleurs, au moins en partie, après avoir entendu le rapport de Gloin de retour de Fondcombe).
Conscient du
danger mais aussi de la faiblesses de ses défenses (comme je l'ai écrit on ne construit pas un puissant Royaume en trois générations), le Roi Brand avait certainement posté des guetteurs près des rivières Celduin et
Carnen, entre lesquelles s'étendait le Royaume et qui constituaient le seul
obstacle naturel susceptible de géner, voire de ralentir, les forces ennemies.
Déjà, depuis quelques temps, des escarmouches de plus en plus violentes et meurtrières se déroulaient à l'Est, du fait des Orientaux venus du Pays de Rhûn, mais c'est
au matin du 15 mars 3019 que les sentinelles postées sur les rives de la
Carnen, au Sud-Est du Royaume, virent arriver le gros de l’armée ennemie.
Désormais la guerre, la vraie, était à leur porte et la vision due leur
paraître cataclysmique… et ce, malheureusement, à juste titre.
Imaginez : des
milliers de guerriers; fantassins, lanciers, archers, cavaliers, probablement plus de 10 000 hommes
accompagnés de lourds chariots remplis de vivres et de toute l’intendance nécessaire à
une armée en campagne, le tout sans oublier le matériel nécessaire à la traversée de la
rivière; peut-être des barques ou plus probablement des radeaux ou des barges, assez larges pour accueillir chevaux et chariots. De quoi faire trembler les plus braves.
Or, le terrain étant relativement plat dans cette région, le cours de la rivière devait être
calme. Peut-être même était-il possible par endroit de la traverser à gué,
quoique j’en doute, le niveau du cours d'eau devant être trop important en raison des pluies du printemps.
On peut supposer que Roi Brand,
alerté par ses guetteurs, peut-être par un système de feux d’alarme comme au
Gondor mais plus vraisemblablement par un cavalier galopant à brides abatues, mis alors à exécution le plan depuis longtemps préparé en liaison avec les Nains.
La situation de la ville de Dale, sur les pentes sud de l'Erebor, mettait la population civile à proximité du seul véritable abri de la région... si on excepte les murailles de la ville (s'il y en avait) lesquelles avaient peu de chance de tenir face au rouleau compresseur des Orientaux.
Il est donc vraisemblable que les civils, rassemblés en toute hâte, se chargèrent de leurs biens les plus précieux ainsi que des vivres mis de côté dans l’attente de ce moment et quitèrent leur ville ou les fermes environnantes; enfin, aussi vite que cela était humainement possible, encombrés comme ils l'étaient par tous les biens ou animaux qui représentaient toute leur richesse terrestre, sans oublier les enfants en bas âges et les personnes agées lesquels ne pouvaient que ralentir, bien malgré eux, la progression de la colonne. Ils devaient se hâter vers l'asile promis par les Nains, peut-être en échange de l'engagement des Dalois dans la guerre annoncée.
Pendant que les civils s'en allaient vers le coeur de la montagne, les soldats, quant à eux, devaient s'équiper frénétiquement pour se préparer au difficile combat qui les attendait. Ils savaient certainement que la supériorité numérique des assaillants ne leur laissait guère de chance de survie et que nombreux seraient ceux qui ne reverraient jamais les famùilles qu'ils abandonnaient à la merci du Destin.
La bataille, qui devait durer trois longs jours, débuta le 15 mars avant de s'achever dans les plus horribles circonstances.
Mais n'anticipons pas.
Averti par ses sentinelles de l'arrivée de l'ennemi, Brand avait deux possibilités d'action :
- soit aller au contact des Orientaux au moment où ses derniers traversaient la rivière,
- soit s'enfermer dans la Ville en priant le Ciel que ses éventuelles murailles résistent à l'assaut (ce qui était, au demeurant, bien improbable).
Personnellement, je pencherais, quant au choix du Roi, pour la première solution. En effet, la traversée d'une rivière par une armée, surtout sans l'aide d'un pont (même dans l'hypothèse où il en aurait existé un les Dalois l'avait certainement détruit) donnait aux archers de Dale l'occasion de tuer nombre de guerriers ennemis sans qu'ils soient vraiment à même de résister. De plus, la confusion était susceptible de causer la noyade de nombreux orientaux, pour peu que le moment de l'attaque ait été bien choisi.
Malheureusement, comme nous le savons, ces derniers finirent, malgré tous les efforts des Dalois, par prendre pied sur la rive opposée.
Mais la bataille ne faisait que commencer.
En effet, ayant eut le temps de se préparer à la guerre qui s'annonçait, Brand avait vraisemblablement installé de nombreux pièges tout au long du parcours que devait emprunter l'Ennemi. (Il lui aurait été impossible, sinon, de résister trois jours entiers à une armée qui lui était si supérieure en nombre.)
Peut-être même, d'ailleurs, la ville de Dale elle-même fut transformée en un piège géant, les immeubles préts à s'effondrer sur les envahisseurs. La tactique de la terre brulée poussée à l'extrème, en quelque sorte.
Cette résistance pied à pied, quartier par quartier, piège par piège et traquenard par traquenard aurait ainsi été à l'origine de la durée de la bataille, puisque, comme je le disais, ces trois jours de combats ne pourraient s'expliquer par un affrontement classique, compte tenu de la disproportion des forces. Car il n'est pas besoin d'être Napoléon pour comprendre que dans une bataille rangée classique les troupes de Brand n'auraient certainement pas pu tenir plus de quelques heures contre les forces de Sauron... et encore, en étant optimiste.
Quoi qu'il en soit, une chose est certaine, Brand veilla à ne pas se laisser enfermer dans sa ville (ce qui conforte mes suppositions quant à sa tactique) puisqu'il parvint à mener ses Hommes jusqu'à l'entrée des Portes du Royaume sous la Montagne, en dépit de l'armée ennemie. Et ce ne fut pas là un mince exploit.
Mais c'est alors qu'il approchait enfin de son but que la chance l'abandonna.
C'est ainsi, probablement, que le 17 mars des éclaireurs
placés en arrière garde avertirent le Roi Brand qu'ils ne pouvaient espérer gagner la porte des Cavernes des Nains avant d'être rejoints par l'armée de Rhûn.
Brand envoya alors vraisemblablement un émissaire chez les Nains (lesquels étaient, à mon avis, toujours dans leur forteresse) afin de solliciter leur aide.
Or qu'en était-il des Nains jusqu'à présent?
Il serait logique de supposer, quoiqu'il n'existe aucun élément probant, qu'ils avaient profité de ces deux jours pour préparer leur forteresse au siège qui s'annonçait, car je ne crois pas à une intervention naine avant ce troisième jour fatidique.
En effet, les Nains n'avaient pas le même intérêt que les Hommes pour défendre le territoire de Dale. Par ailleurs, on se rappellera comment les Nains avaient préféré se calfeutrer dans la Moria lors de la Guerre de l'Eregion au Deuxième Age, au cours de laquelle Sauron décima les Gwaith-i-Mirdain. Enfin, cette hypothèse me paraît être confirmée par le lieu même de leur engagement, à proximité des Portes du Royaume sous la Montagne.
Mais ne leur jetons pas la pierre pour autant, car ils n'étaient certainement pas restés inactifs.
Bien au contraire! Il leur avait fallu préparer les défenses de l'Erebor, entasser les vivres et médicaments nécessaires pour tenir pendant une durée indéterminée, le tout en prenant en compte les besoins spécifiques de la population humaine qu'ils auraient à abriter.
Quant aux armuriers, ils avaient dû travailler du matin au soir et du soir au matin. Quelles devaient être bien aiguisées les hâches des nains en ce 17 mars!!!
Et, pendant que les soldats de Dale se battaient pour contenir les forces de Sauron, gagnant ainsi le répit nécissaire à l'organisation des défenses et à la mise à l'abri de leurs civils, les Nains avaient dû accueillir les premiers réfugiés humains, avec les défis logistiques que dela avait dû représenter pour eux.
Mais quelle qu'ait été la tactique naine au cours de ces premiers jours de bataille, le fait est qu'ils se trouvaient aux côté de Brand et de ses Hommes lorsque leur situation devint désespérée.
Et ce seul acte, dans les conditions d'infériorité numérique que nous pouvons supposer (l'armée des Nains, pour des raisons identiques, ne devant guère être plus nombreuse que celle des Hommes) démontre, s'il en était besoin, la bravoure des Longuesbarbes et leur respect de l'alliance promise.
Car l'affrontement fut sans quartier, ni demandé ni accordé. Un véritable combat à mort... et ce ne furent pas les morts qui manquèrent chez les Alliés... à commencer par les plus illustres.
La bataille fut un véritable cauchemard.
Sachant qu'ils n'avaient aucune chance de se mettre à l'abri avant l'arrivée des Orientaux, Brand dû utiliser sa position dominante pour placer aux mieux ses archers et nul ne saurait douter des dégats qu'ils causèrent à l'armée ennemie. Mais quelques centaines d'hommes épuisés par trois longs jours de combat, aussi déterminés soient-il, ne pouvaient contenir longtemps plusieurs milliers d'adversaires. La pénétration de l'Ennemi dans les rangs des Dalois fut telle que Brand lui-même se trouva bientôt au coeur de la mêlée. On peut imaginer que, peu à peu, ses propres gardes tombèrent, les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il se trouva seul face à ses asssaillants. Sa mort, alors, devenait inéluctable et il finit par tomber sous les coups ennemis.
C'est à ce moment que Daín II, le Roi Nain, arrivant à la tête de ses guerriers, parvint enfin à le rejoindre. Hélas, il était trop tard pour lui sauver la vie. Tout ce qu'il pouvait faire était de protéger de la profanation le corps désormais sans vie de son ami. Mais, ce faisant, ce fut son propre destin qu'il scella.
Les deux Rois morts, la défaite était désormais totale. Après trois longs jours de combat, les Hommes de Dale et les Nains de l'Erebor avaient dû céder devant un ennemi tellement supérieur en nombre.
Il ne restait plus aux survivants, certainement épuisés et démoralisés, que de se frayer un chemin, sans doute par la hâche et l'épée, au millieu des cadavres de leurs amis, jusqu'à l'entrée des Cavernes naines. L'histoire ne dit pas si les dépouilles mortelles des deux Rois purent y être rapportées ou si elles restèrent abandonnées sur le champ de la bataille, sur les pentes de l'Erebor.
Mais on peut, hélas,
aisément imaginer la suite; l'épuisement des survivants, l'angoisse des familles, la douleur des veuves, les pleurs des enfants qui ne reverraient jamais leur père et, tout au fond du coeur de chacun, la terrible angoisse du lendemain.
|