
La fin annoncée des Elfes
Dès les premiers Ages et jusqu'au début du Quatrième les Elfes apparurent comme immortels aux yeux des Hommes. Pensez: nulle maladie ne pouvait les atteindre et la Mort elle-même n'avait sur eux qu'un dominion limité.
Cependant
leur corps, qui ressemblait encore, dans la jeunesse du Monde, à celui des Hommes, pouvait être détruit par
les armes ou par le chagrin et, de fait c’est ce qui se passa fréquemment en Terre du Milieu. Les Noldor qui s'y enfuyèrent contre la volonté des Valar furent particulièrement soumis à ce destin comme cela leur avait été prédit
« (…) vous avez répandu injustement le sang de
vos frères, vous avez souillé la terre d’Aman. Pour le sang vous verserez le sang et au delà d’Aman vous
marcherez sous l’ombre de la Mort. Car si Eru ne vous a pas destiné à mourir de
maladie en ce monde, vous pouvez être tués et la mort s’abattra sur vous :
par les armes, la souffrance et le malheur, et vos esprits errants devront
alors se présenter devant Mandos. (…) » (extrait de la Prophétie du
Nord, dans le Silmarillon.)
Nous reviendrons plus tard sur la mort à proprement parler des Elfes
et étudierons ici
exclusivement leur disparition telle qu’elle résulte de leur
«évanouissement » de la Terre et du rôle joué dans cette disparition apparente par leur fëa.
Pour cela, il convient tout d'abord de définir ce qu'est le "fëa"
Malheureusement, une telle définition est complexe. On peut dire, de façon succinte, qu'il s'agit de l'âme qui habite le corps des Incarnés, (les Elfes disposant d'une enveloppe physique). Plus précisément, cela correspondrait à la fois à l’âme et à l’esprit de l’Elfe, le
tout « conditionné et limité par la
coopération des organes physiques du hröa ». On peut donc en déduire qu'il s’agissait en fait
du processus de penser de l’Elfe, de son sens du bien et du mal, mais aussi
de la conscience qu’il avait de lui-même, étant entendu que chez les Incarnés
cette conscience incluait également le "rhöa" (l'enveloppe physique) .
A ce propos les Eldar disaient que
le fëa gardait la mémoire du hröa ainsi que celle de toutes les expériences qu'il possédait de lui-même et de son corps.
Or, à l’époque où s’affirme la domination des Hommes, le
corps des Elfe(son hröa), lié à une Arda meurtrie (cf. le sujet sur l'existence des Elfes) ne pouvait plus être aussi
endurant que le fëa qui lui était associé
. Dans ces conditions, lorsque la vitalité propre du
hröa avait été utilisée pour achever sa croissance, les Elfes commençaient à
s’affaiblir physiquement et mentalement, devenant de plus en plus las de la
vie. Cela se passait certes très lentement, même pour des Elfes, mais néanmoins
de façon perceptible et les concernait tous.
Lorsque cela se produisait, leur désir de vivre diminuait
de plus en plus vite et l’Elfe commençait alors à disparaître, devenant de plus en plus évanescent, jusqu’à ce que le
fëa ait «consumé» le hröa et que son corps ne subsiste plus que dans le souvenir de son ancien possédant.
On assistait, en quelque sorte à une sorte de retournement de situation puisque, désormais, ce n'était plus l'esprit qui était inclus dans le corps mais le corps qui était inscrit dans la pensée. Les Hommes disaient
que l’Elfe s’« évanouïssait* ». Ceux qui atteignaient cet état
devenaient alors réellement immortels, en ce sens qu’ils ne pouvaient plus être
détruits ou changés pendant toute l’existence d’Arda. En contrepartie, leur interaction avec Arda devenait quasiment inexistante.
Les Eldar disaient: avant qu’Arda n’approche de sa fin:
« tous les Eldar sur Terre
deviendront comme des fantômes invisibles aux yeux des mortels, à moins qu’ils
ne soient vus par ceux parmi les Hommes dont ils peuvent pénétrer directement
la pensée ». HoME X
C'était, bien sûr, la grande peur des Eldar et la raison profonde de la fabrication des fameux Anneaux de Pouvoir elfiques
* Tolkien appelait cela "to fade"
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